Allaiter ou ne pas allaiter ? Telle est la question


Publié le : 23/10/2021 09:42:29 - Catégories : Guides, études et conseils


Allaiter ou ne pas allaiter ? Telle est la question

Maintenant encore, nous sommes toujours bons derniers pour l’allaitement maternel dans l’Union européenne. Nos voisines allaitent davantage et surtout plus longtemps : ainsi, en Norvège 80 % des enfants sont encore au sein exclusif à 6 mois, tandis qu’en France seul un enfant sur deux nourris au sein exclusif l’est encore à 3 semaines ! Cette question de l’allaitement fait l’objet d’un fort militantisme de part et d’autre. Comme l’expose clairement Noura (communicante, 38 ans) : « Le plus dur, c’est la bataille autour de ton corps au sujet de l’allaitement. Un débat qui s’est carrément idéologisé : tu es Badinter ou Lecce League, quand toi tu décides juste d’en faire un moment avec ton enfant, de proximité et d’échange physique, sans être dans l’aliénation ou le militantisme d’aucun bord. » Avant d’entrer dans le vif du sujet – des pour et des contre – rappelons d’abord un point fondamental : l’allaitement est un choix, jamais une obligation, et encore moins une fatalité. Cette décision est intime : elle vous appartient en dernier ressort, au terme d’un arbitrage médical et personnel éclairé.

 

L’allaitement, il y a beaucoup de pour…Le lait maternel contient nombre d’anticorps protecteurs, d’hormones et de facteurs de croissance, exactement ce qu’il faut pour nourrir le nouveau-né et le jeune nourrisson – à l’exception de la vitamine K22. Le lait de mère est donc excessivement bienfaisant, protecteur (il diminuerait l’incidence et la gravité des infections digestives, ORL et respiratoires). Il est totalement inimitable pour les prématurés : aussi, si votre enfant est prématuré et surtout très prématuré, il est nécessaire de l’allaiter. L’allaitement maternel a en outre un caractère pratique (rien à transporter avec soi) et économique (rien à acheter). Sans exagérer les pouvoirs du lait maternel, certaines études font néanmoins état d’un meilleur développement cérébral et de bénéfices sur les plans cognitif et intellectuel (capacités de lecture et d’écriture améliorées par exemple) : bref l’allaitement rendrait l’enfant plus « intelligent ». Sans omettre les bienfaits psychologiques mutuels (pour la mère et pour l’enfant) de ce peau à peau intime et fréquent : le lien mère-enfant est unique dans ce geste d’allaitement maternel, mêlant contact physique et odeurs. Bien vécu, l’allaitement s’avère une source de satisfaction et de plaisirs pour la mère et l’enfant. « Les plus beaux moments de cette aventure : indescriptibles et merveilleux pour découvrir ma petite fille »,  Neloum (professeure de yoga, 34 ans). Allaiter  est  enfin  bénéfique  pour la santé de la mère, avec une diminution des risques ultérieurs de cancer du sein, de l’ovaire et de l’utérus (par des mécanismes scientifiquement encore non établis).Évidemment, la consommation de tabac, d’alcool, de cannabis et d’autres drogues est formellement déconseillée au cours de l’allaitement maternel.

 

Mon lait, il est bon ? Rassurez-vous : il n’y a pas, ou très rarement, de mauvais lait (en termes de composition) ou de mère incapable d’allaiter : sauf en cas de malnutrition extrême, toutes les femmes qui le désirent peuvent généralement avoir une quantité et une qualité suffisantes de lait pour allaiter. Et bien sûr cela n’a rien à voir avec la taille originelle des seins : des femmes à la poitrine menue peuvent allaiter comme les autres.

 

Mais il y a aussi du contre…Maintenant, tout n’est pas si rose : l’allaitement maternel comporte un risque réel d’échec, d’engorgement mammaire et autres complications. L’allaitement maternel n’aurait de réel « intérêt » que s’il est pratiqué 3 mois, idéalement 6 – soit une durée supérieure au congé légal post-partum – 8 semaines – pas aisé… : en deçà, certain(e)s se demandent si c’est la peine de se casser la tête…Par ailleurs, certains travaux scientifiques ont prouvé que, dans les régions fortement polluées, de fortes concentrations de produits toxiques environne-mentaux se retrouvaient dans le lait maternel, alors que ceux-ci n’étaient pas détectables – car très surveillés – dans les laits artificiels. Enfin, et tout simplement, vous pouvez n’avoir pas envie d’allaiter, pour de multiples raisons familiales (une tradition de biberon : « Maman n’a jamais allaité. J’ai toujours connu mon père donnant le biberon, c’est ça qui me paraît normal », Charlotte, avocate, 29 ans) ; professionnelles (une reprise rapide du travail), amoureuses (désir de retrouver une intimité rapidement avec son chéri : « Pas envie de partager mes seins entre C. et mon bébé », dit une anonyme) ; physiques (« Perso, je veux pas ressembler à une vache laitière », Coralie, journaliste, 32 ans) ; de caractère (« Je suis beaucoup trop impatiente/stressée pour gérer ça », Bouchra, calligraphe, 31 ans) ; de fatigue (« Allaiter : encore une contrainte ! », Tiphaine, chercheuse, 36 ans), ou idéologiques (pour une parité totale des soins au bébé entre les parents : « Pas de raison d’assumer aussi ça en solo. Je veux retrouver mon indépendance ; que mon mari aussi se lève la nuit », Manuela, assistante, 34 ans).

 

Cette décision n’appartient qu’à vous« Dès le début de la grossesse, je savais que je n’allais pas allaiter. Je me suis pourtant donné le temps de la réexion, je me sentais libre. Même si je sa-vais bien que j’allais devoir affronter le militantisme “pro”, devoir me justifier. Assez rare un sujet sur lequel les gens se permettent d’être si intrusifs. Ils ne lâchent pas ! Ma belle-mère disait à mon mari : “C’est bizarre, quand on peut, de ne pas allaiter.” Dans le train un inconnu me laisse sa place, engage la conversation et me dit, comme une évidence : “Vous allez l’allaiter.” C’est fatigant, épuisant de devoir tout le temps se justifier. Oui, oui, elles ont cer-tainement raison celles qui allaitent : la mère donne ses anticorps, protège le bébé… J’ai donné la tétée de bienvenue, 30 secondes, pour essayer. Ça s’est confirmé. Je ne le sentais pas du tout. Ce n’était pas pour moi. Je n’avais pas besoin de ça pour créer le lien… », reconnaît Marie (marketing, 30 ans). Donc choisissez votre camp – allaitement au sein ou biberon – mais restez libre de ce que vous voulez faire ou refuser. Comme le conseille Katty (serveuse, 30 ans) : « Que tu veuilles allaiter ou pas, sois ferme et directe dans ta réponse. » Quant à l’avis de belle-maman, de votre meilleure amie, ou de votre collègue de bureau : on s’en fiche !

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