Naissance de la puériculture


Publié le : 13/07/2020 12:15:40 - Catégories : Bébé dans l'Histoire


Naissance de la puériculture

A la fin du XIXe siècle, l'émergence et la reconnaissance de spécialités marquent l'histoire de la médecine. Ce mouvement doit autant à l'évolution des connaissances médicales qu'à la situation extrêmement précaire de certaines couches de la population face à la maladie. La IIIe République est par ailleurs attachée à construire une politique d'assistance. La santé de la mère et de l'enfant bénéficie en premier de ces mesures. La défaite française de 1870 a été mise en partie sur le compte de la faiblesse démographique du pays au regard de la puissante Allemagne, et la dépopulation est vécue depuis comme un « péril national ». Contre la mortalité des femmes en couches et la mortalité infantile s'engage alors une véritable croisade, dont certains médecins se font les plus ardents défenseurs. La spécialité des accoucheurs est la première à être reconnue en 1881. Les maternités hospitalières sont réaménagées selon les nouvelles normes hygiénistes de Pasteur. Puis toute une politique de suivi sanitaire de la petite enfance se met en place, avec la création des consultations de nourrissons et des dispensaires, qui vont devenir les laboratoires d'une discipline nouvelle : la puériculture.
La Goutte de Lait est créée en 1892 par le Dr Gaston Variot (1855-1930), chef de service à l'hôpital Hérold, puis à l'hôpital Trousseau, à l'hôpital Necker, enfin à l'hôpital des Enfants-Assistés. Attaché à la modernisation et à la multiplication des hôpitaux pour enfants, il crée le premier dispensaire de proximité dans le quartier populaire de Belleville. Sa fonction est tout à la fois médicale, sociale et éducative.

  

La composition en trois panneaux formant triptyque présente trois étapes de la visite pour la jeune mère et son enfant : la pesée (à gauche), la consultation (au centre) et la distribution de lait (à droite). Le décor est sobre, à peine esquissé par le peintre. L'environnement sombre et indistinct de ces trois scènes permet à l'artiste de jouer du plus fort contraste avec une lumière qui se concentre sur les chairs potelées des enfants, la blancheur des layettes, l'expression confiante et souriante des mères et celle, déterminée, du Dr Variot. Bien que décentré, celui-ci donne son axe à la composition du panneau central : c'est vers lui que se rejoignent les deux lignes autour desquelles s'ordonne le groupement des personnages (celle qui part en oblique du jeune enfant, en bas à droite, comme celle, toute en ondulations, qui relie les visages des personnages du second plan). Ce rôle du personnage du médecin dans la composition et la place centrale donnée à son action au sein du triptyque expriment une revendication nouvelle, celle de « la toute-puissance du médecin dans l'art de prévenir, alors qu'il est si souvent vaincu dans l'art de guérir » (Adolphe PINARD : Tarnier (1828-1897) ; éloge prononcé à l'Académie de Médecine dans sa séance annuelle du 15 décembre 1908, Paris, Masson, 1908). Dans son livre : Dépopulation et puériculture (1901), le sénateur Paul Strauss affirme encore plus clairement la place qui doit être celle des médecins en vue d'une saine gestion du corps social : « La doctrine des maladies évitables appelle l'homme de l'art au gouvernement des sociétés. »

Auteure : Anne NARDIN

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